La véritable histoire de Saint Siffrein

par Gérard Luc

Gérard Luc, c’est la voix de la Foire, dont il assure l’animation. Toujours souriant, il se promène dans les allées, micro à la main, avec une poignée de petites fiches. Car Gérard aime être précis, et il se documente sur chaque exposant, sur chaque animation. Au fil des années, il a travaillé sur les origines de ce rende-vous annuel.

La Foire de la Saint-Siffrein, le 27 novembre, est l’une des manifestations commerciales les plus importantes de la région. Elle doit son nom à un évêque de Carpentras, personnage célèbre, qui a marqué la ville de son empreinte, par ses actions et son charisme, au point d’être canonisé et de devenir le Saint patron de la ville. Certaines dates restent floues ; on pense qu’elles ont été choisies  pour faire coïncider la vie de Saint-Siffrein avec celle de Saint-Césaire, évêque d’Arles en 530, qui l’aurait ordonné prêtre. De nombreux textes catholiques avouent à demi-mot ce subterfuge sans pour autant changer les dates parfois surprenantes.

Les premières années de sa vie

Siffredus est né à Albano en Italie en ?570. Albano, modeste bourgade du Latium, non loin de Rome, est en bordure d’un petit lac volcanique du même nom (Au XIXe siècle, les papes installeront, sur la commune contiguë, leur résidence d’été : Castel Gondolfo.)

La légende dit qu’il est né de parents très pieux, issu d’une noble race. Il suit à 10 ans son père Ergastulus, alors veuf, et  entre au monastère Saint-Honorat des îles de Lérins, haut lieu, à l’époque, de la spiritualité occidentale pour une vie monacale et d’austérité religieuse. La communauté de moines fondée vers 410 par Saint Honorat en face de Cannes existe toujours.

A cet âge, il ne pouvait pas suivre les moines. C’est dans la bibliothèque, qui regroupait les connaissances les plus avancées de l’époque, qu’il apprit les techniques de guérison qui devaient lui servir toute sa vie et créer sa légende…

Au Monastère Saint Honorat

Livre après livre, jour après jour, année après année il va s’instruire ; il apprend les sciences, les techniques de guérison et les met en pratique à l’infirmerie du monastère.

Siffrein se fit remarquer par son intelligence et sa piété. Moine infirmier, il va très vite apparaître comme guérisseur et réalisateur de soins miraculeux. Il fut nommé « maître des novices » et n’aspirait à rien d’autre qu’à une vie de silence et de prière. On lui prête dès cette époque des miracles envers les non-voyants et les paralytiques ; des pouvoirs pour chasser les démons ; pour exorciser les obsédés et tous les autres possédés.

On peut dire, sans exagérer, que Siffrein fut l’un des hommes les plus instruits de sa génération. Des connaissances à portée de main et une intelligence hors du commun lui on permit, à une époque où la médecine était balbutiante et réservée aux riches, de soigner beaucoup de gens. Siffrein était d’une vertu si grande que sa réputation franchit bien vite les murs du monastère…

Evêque de Carpentras

C’est alors que l’église de Carpentras perdit son évêque. Ayant entendu parler de la sainteté du moine Siffrein, elle décida de demander à la communauté de Lérins de lui donner Siffrein pour Evêque. Après avoir, selon la légende, refusé une première fois et sur vive insistance, il finit par accepter et fut sacré Evêque dans l’église d’Arles.

Connu pour sa vie austère, son humilité, il passait son temps auprès des pauvres et des malades. Il mesurait près de 1m 90. Cette grandeur, inhabituelle pour l’époque, rajoutait à son charisme.

Il fut aussi un Evêque bâtisseur : Eglise Saint-Antoine à Carpentras (A l’emplacement de la Saint-Siffrein), église Sainte-Marie ; Saint Jean-Bastiste (Aujourd’hui le baptistère de Venasque) ; basilique de la Trinité ; chapelle de Notre –Dame-de-Vie ; ou Saint-Siffrein de Venasque. Il est mort le 27 novembre (!) ?659 à Venasque a un âge très avancé (89ans)

La Foire de la saint-Siffrein n’existait pas encore mais la ferveur populaire allait en décider autrement…

Du pélerinage à la Foire

En effet, après sa mort, il a continué à être l’objet d’une grande dévotion. A cette époque, et il n’y a pas encore si longtemps, les gens étaient capable de parcourir de grandes distances pour demander les faveurs d’un Saint, pour les guérir, mais aussi pour protéger ses récoltes et son bétail lors de pèlerinage. Il fallait d’abord aller à Venasque pour aller se recueillir sur sa dépouille, puis son corps fut transféré avant le 13e siècle à Carpentras.

Antoine RICARD dans son livre: « Vie de Saint siffrein » de 1860 écrit, pages 86 et 87 : « …La fête de Saint Siffrein a toujours été célébrée avec pompe et magnificence à Carpentras, depuis que cette ville possède les reliques du bienheureux. L’affluence des étrangers qui viennent y assister est immense…. Si l’on demande la raison de ce concours prodigieux, origine du splendide marché public qui se tient un pareil jour, de temps immémorial en cette ville, il est facile de répondre à cette question. On a vu dans la légende, qu’après la mort de Saint Siffrein à Venasque, il s’opéra tant de miracles à son tombeau, qu’on y accourait de toutes parts ; que les vœux des nombreux pèlerins y étaient exaucés, et qu’aucune prière ne demeurait sans effet ; mais que, depuis que le dépôt sacré fut transporté dans l’église de Carpentras, le concours des fidèles fut encore bien plus grand auprès des saintes reliques, et les miracles bien plus nombreux… Ainsi Urbain V, par son bref, donné à Avignon le 3 des ides de juillet 1362, accorda indulgence à tous ceux qui visiteraient, le jour de la translation de Saint Siffrein, l’église dont il est titulaire. »

Le texte est clair : Depuis que Carpentras possède les reliques de Saint-Siffrein  ( ?Peu après sa mort en 659) un splendide marché public s’est créé : L’ancêtre de la Foire Saint-Siffrein ?

Un autre texte pontifical viendra appuyé le premier : Jules de Médicis, Pape Clément VII de 1523 à 1534 par son bref donné à Rome le 11 mai 1526 :  «…accorda la rémission et l’indulgence plénière de leurs péchés à tous les fidèles de l’un et de l’autre sexe qui, après avoir humblement et avec une sincère contrition confessé leurs péchés, ou en ayant la volonté, assisteraient à l’exposition du Saint Clou, ou visiteraient l’église de saint-Siffrein avec dévotion, depuis les premières vêpres jusqu’au soleil couché inclusivement du jour de la fête de ce Saint.»

Plus tard, c’est à partir de cette date que débute le comptage des éditions de la foire de la Saint-Siffrein.

Evolution de la Foire au cours des siècles

On ne sait pas en quelle année la numérotation a commencé, même si le « comptage » des éditions de la Foire Saint-Siffrein débute en 1526, quelques mois après la consécration de Siffrein. On ne sait pas non plus exactement à quel moment cette fête, qui était d’abord exclusivement religieuse, est devenue une foire.

Jusqu’au XVIIIe siècle, en effet, de longues processions se déplaçaient dans la ville les jours précédant le 27 novembre : Les personnes portaient des bannières et marchaient en silence.  Des chants fêtaient la gloire de Siffrein lors de vêpres toujours d’actualité : Il y en avait de nouveau chaque année. Avec bien sûr, en point d’orgue, le recueillement dans l’église devant la dépouille de Siffrein et le Saint Mors ou les vœux et les espoirs les plus fous étaient émis avec l’approbation du clergé qui en profitait pour retirer quelques pièces de monnaies aux pèlerins.

Il fallait bien nourrir tous ces gens qui venaient de très loin. La population essentiellement agricole vendait leurs produits. Cette date correspondait à la fin du travail de la terre et du nettoyage extérieur avant l’hiver. Les comtadins avaient le temps d’aller acheter ou vendre chevaux et autres bestiaux ; de s’habiller chaudement en prévision du froid qui mordait les doigts et le visage ; de changer ou de se procurer de nouveaux outils pour travailler la terre quand les beaux jours arriveraient et de glaner quelques ustensiles de cuisine pour améliorer le quotidien. Et puis c’était l’occasion de sortir de la routine, de rencontrer de nombreuses personnes et de faire pour les hommes de belles beuveries que les femmes réprouvaient quand ils rentraient tard le soir ou tôt le matin… Quelques jongleurs, montreurs d’ours ou cracheurs de feu trouvaient aussi, avec la foule, le moyen de gagner un peu d’argent…

Gérard LUC

SOURCES & REMERCIEMENTS

  • « Vie de Saint-Siffrein, évêque de Carpentras » par l’Abbé Antoine RICARD (1860)
  • « Saint-Siffrein » par le Père Daniel BREHIER
  • « Trois millénaire de vie à Carpentras » Alain GERBAUD (2008)
  • Roger COLOZZI (Rubrique patrimoine de « Carpentras ma ville » Publication municipale)
  • Ecrits de la cathédrale à l’occasion des Vêpres de la Saint-Siffrein (2015)
  • De nombreuses recherches personnelles sur internet…
  • Merci à Florence BOMBANEL Guide-conférencière, historienne et médiatrice du patrimoine pour ses corrections
  • Merci à Ivana CAFFA qui m’a accompagné et encouragé pour cette aventure

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